Ovive, un pionnier à la conquête de l’économie circulaire.

Ovive, un pionnier à la conquête de l’économie circulaire.

En 1988, alors que l’économie circulaire est encore une notion plutôt abstraite, l’entreprise Ovive est créée pour valoriser les déchets de l’industrie ostréicole. Plus de 30 ans après, l’histoire ne fait que commencer.

Une genèse incongrue, sur la route.

Au milieu des années 80, le père de Pascale Dardant découvre que le camion qu’il est chargé de dépanner transporte une cargaison de coquilles d’huîtres réduites en poudre. Intrigué par cette marchandise incongrue en provenance du Danemark, il s’empresse d’en parler à sa fille alors stagiaire à l’INRA. Il est alors loin d’imaginer les effets que sa curiosité auront sur l’avenir de sa fille. Effectivement quelques mois plus tard, ce dépannage fortuit sera à l’origine de l’entreprise Ovive. Pascale Dardant a l’intuition que cette matière première doit présenter un intérêt, si on lui fait traverser l’Europe. Elle décide de s’y intéresser de près. L’intérêt de ce coproduit de l’ostréiculture intégralement constitué de calcium réside dans sa forte friabilité qui facilite sa digestion par la volaille.

A cette époque aucun fournisseur français n’est alors présent sur la valorisation de ce coproduit pourtant abondant. Constatant que la demande est pourtant bien existante sur le marché professionnel des éleveurs, Pascale Dardant avec Jean-Luc Saunier et un troisième associé créent Ovive en 1988. Ovive vise l’exploitation des coproduits de l’industrie ostréicole française très abondants et leur transformation. Le concurrent danois qui exploite un gisement fossile de coquillages disparaîtra en même temps que son gisement.

Des rencontres décisives.

Pour que l’intuition se transforme en projet puis en entreprise, une série de rencontres se révèlent cruciales, en plus de la persévérance du trio. Pendant plusieurs mois l’idée a d’abord été validée notamment auprès de l’INRA. Au moment de sa création, Ovive a fait partie de la première génération de jeunes entreprises aidées par le département des Charentes Maritimes, notamment à travers des prêts d’honneur. Dans ce cadre Ovive est parrainé par le patron d’une importante entreprise industrielle locale qui a tout de suite la conviction que le projet porté par Ovive mérite d’être soutenu et qu’il peut réussir. Une personne visionnaire, qui pressent l’essor en vue de l’économie circulaire.

Cette rencontre joue un rôle majeur dans l’histoire d’Ovive. Tout le long de sa carrière professionnelle, et même au delà jusqu’à la fin de sa vie, cet industriel a épaulé Ovive par tous les temps. Il met ses services techniques à disposition des entrepreneurs, il aide à trouver du matériel d’occasion et il facilite l’accès aux financements. Il finira par rentrer au capital lui même. Pourtant, d’emblée il prévient la jeune équipe intrépide : “vous lancez un projet industriel ? Soyez courageux, 10 ans de grosses difficultés vous attendent. ” Si la prophétie est peu encourageante, il précise également qu’il restera présent durant cette période.

“vous lancez un projet industriel ? Soyez courageux, 10 ans de grosses difficultés vous attendent. “

Il tiendra parole, ses actes dépasseront largement ses promesses. Ce parrain a été un véritable allié dans la construction de l’outil de production, son process industriel présentant des similitudes avait celui envisagé par Ovive.

Jean-Luc Saunier, l’enthousiaste cofondateur d’Ovive.

Le trio fait également la rencontre d’un ingénieur minotier qui avait développé un processus de valorisation des coquilles d’huîtres juste après la guerre. C’est pourquoi il s’intéresse de près au développement d’Ovive. Les écueils qui l’avaient fait renoncer étaient liés à la collecte fastidieuse des coquilles. Cette personne a également donné une orientation au projet. C’est lui qui fait comprendre aux entrepreneurs que le projet n’a pas d’avenir, si ils ne visent pas d’emblée une échelle industrielle. Au même moment, la Communauté d’agglomération de la Rochelle permet de trouver le local.

Le problème principal dans la construction de l’outil de production vient de l’aspect inédit du produit d’une part et d’une absence d’historique technique d’autre part. Une sous-capitalisation chronique de l’activité pendant plusieurs années et des déficits répétés renforcent le degré de difficultés. Au début des années 90, le thème du recyclage de déchets demeure un sujet compliqué pour asseoir la crédibilité de l’activité. Certains moments ont été difficiles, et la survie du projet n’aurait pas été possible sans ces rencontres et ces soutiens techniques et moral. Quand les idées sont neuves et que le marché n’existe pas, il est crucial d’avoir des soutiens indéfectibles, qui croient au projet dans la durée. “Dans ces moments là, le moral des équipes compte tout autant que les financements” insiste Jean-Luc Saunier.

Dans ces moments là, le moral des équipes compte tout autant que les financements

Des premiers succès commerciaux encourageants.

Les premiers clients arrivent assez vite malgré tout, et la cadence de production augmente fortement durant les deux premières années. A cette époque, Ovive est confrontée à une marge insuffisante, et à une inefficacité chronique du procédé de production. La chaîne de production doit être révisée à quatre reprises.

La chaîne de production doit être révisée à quatre reprises.

A chaque fois, les délais de mise au point des procédés engendrent de nouvelles pertes d’énergie, d’efficacité et d’argent.

 

Un outil industriel adapté à la coquille d’huîtres.

 

L’expérience avec les premiers clients issus du monde de l’élevage professionnel se révèle un échec commercial. Ovive conquiert finalement une position forte sur le marché des petits éleveurs. Le réseau Gamm Vert a été le premier distributeur sur ce marché sur lequel les concurrents hollandais et danois ne vont pas. Plus tard, Ovive est le premier à proposer des sacs de coquilles d’huîtres en sacs de 5Kgs et 25 kgs sur le marché de la jardinerie. Des produits annexes ont été développés, notamment des fonds de cage pour oiseaux générant de très gros volumes.

Le gisement de coquilles d’huitres.

Dans les élevages d’ostréiculture 30% du stock initial n’arrive pas à maturité, ou n’est pas mise sur le marché. Ce sont les déchets des ostréiculteurs. Cette perte constitue le gisement d’Ovive. Avec une production ostréicole de 240 KT en France, le gisement théorique de coquilles est de 80 KT. Dans la réalité, il y a 20 KT à 30 KT collectable. Ovive collecte entre 2 KT et 3 KT chaque année auprès des professionnels de Marennes, de Bretagne ou d’Arcachon. L’intérêt des ostréiculteurs est d’abord réglementaire, des obligations sanitaires les incitant à éliminer leurs déchets. Parmi les ostréiculteurs, une partie de plus en plus importante intègre la gestion durable des déchets dans leur charte de qualité. Ils peuvent ainsi se revendiquer d’une filière de l’économie circulaire.

L’approvisionnement, une lourde charge.

Pendant de nombreuses années, le sujet de l’approvisionnement a été un fardeau que Jean-Luc Saunier a porté. Il doit à la fois convaincre chaque éleveur de mettre les coquilles à sa disposition, et organiser les tournées de collecte. Très souvent l’entrepreneur se rend lui-même sur place, louant les engins de portages nécessaires.  

Aujourd’hui Ovive a la capacité d’augmenter sa production. Cependant l’entreprise s’efforce de caler les approvisionnements sur le niveau des besoins du marché. En gestionnaire avisé, les dirigeants s’efforcent d’éviter les effets de sur-stock.

Une stratégie de diversification réussie.

L’activité coquille d’huîtres représente désormais un tiers de l’activité totale de l’entreprise. Géologue de formation, Jean-Luc Saunier a développé d’autres marchés de niche comme la vente des gravillons pour la signalisation urbaine. Répartir les revenus sur plusieurs activités est sain et permet de mieux affronter les crises sectoriels cycliques. Cependant, la coquille huîtres demeure bien la priorité d’Ovive.

30 ans après sa création, Ovive s’apprête à vivre une passation entre deux générations, la marque que les pionniers ont bien réussi leur pari entrepreneurial. La valorisation de la coquille d’huîtres, un projet d’avenir. www.ovive-sa.com

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